La foire des hommes

2022-2024 | Paris

La fête foraine constitue depuis des siècles une source d’amusement populaire et un lieu de sociabilité pour toutes les générations. Aujourd’hui c’est aussi un lieu où les populations défavorisées et issues de l’immigration peuvent se retrouver sans être soumis à la stigmatisation de la société — notamment grâce à son entrée gratuite. Présentes dans toute l’Île-de-France, ces fêtes attirent chaque année des milliers de personnes. On y crie ensemble dans la maison des horreurs, on lève les bras dans un grand huit, et on partage une barbe à papa ou une saucisse-frites. Mais c’est aussi là qu’on gagne ou qu’on perd, seul ou face aux autres, c’est là qu’on se compare, qu’on se met en compétition ou en valeur. « La foire des hommes » est une série dédiée à ces hommes, dans différentes fêtes foraines d’Île-de-France : La Foire du Trône (pelouse de Reuilly à Paris), La fête des Tuileries (jardin des Tuileries, Paris), La fête à Neu-Neu (bois de Boulogne) et La fête des Loges (à Saint-Germain-en-Laye).
Les hommes, seuls, avec leurs fils et pères, ou au sein d’un groupe d’amis s’y épanouissent particulièrement. Élevés pour prendre possession de l’espace public, ils trouvent dans ces sorties entre hommes l’occasion d’expérimenter leurs rapports et leurs limites, mais aussi de transmettre et de consolider une certaine image de la masculinité. Les organisateurs en jouent, en multipliant les stands de tir, de force et d’adresse, tout en adoptant des mesures de plus en plus sécuritaires pour canaliser la présence de ces hommes issus de milieux populaires.

Je photographie ces moments où les corps se rapprochent, où les regards se confrontent, et où, derrière le jeu, apparaissent des formes de tension, de transmission et d’apprentissage. Je m’attache à ces instants où la performance se trouble, où le rôle vacille, et où d’autres formes de fragilité apparaissent.
Cadrées la plupart du temps assez serrées, dans des prises de vue très rapprochées, les images des hommes et garçons chercheront à capter des moments intimes et de pure émotion. En jouant avec les couleurs et les éléments et décorations classiques, le travail soulignera ainsi le contraste entre le contexte acidulé de la fête foraine, et l’image assez dure et hétéronormative que s’y donnent les hommes.

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